LEONEL
MOURA |
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Peintures d'Essaim |
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![]() SP0001, la première peinture d'essaim produit par aLife Art Architecture Lab. janvier 2, 2002, 10,45 heures du matin. ![]() Automaton, Jaquet-Droz. ![]() Chimpanzé au travail. ![]() Peinture d'enfant (Tomás, 5 mois). |
Nous avons décidé de les appeler peintures d'essaim (swarm paintings). Cette première peinture était une véritable révélation. Face à ces scrabbles naïfs de l'essaim, j’ai senti être en présence d'une rupture conceptuelle. Ce genre de choses qui crée un avant et un après. L'excitation a changé en vision, ce que je développe plus avant. L'étape suivante, très laborieuse et compliquée, était d'essayer de limiter au maximum l'interposition humaine. Lier non seulement l'essaim directement avec la machine à peinture, mais augmenter également l'autonomie au niveau de la conception méthodologique. Nous travaillons toujours sur ce dernier point. Les peintures et les dessins reproduits ici sont donc le résultat de ce travail ‘primitif’. Les couleurs et les formats sont toujours mes interprétations. En fait dans cette première étape tous les travaux de l'essaim artificiel sont aidés par des humains. Mais bientôt ils cesseront de l’être. Quoi qu'il en soit, on peut déjà affirmer que ces ‘peintures’ ont très peu de caractéristiques humaines. Elles n'en partagent pratiquement aucune des conditions de la qualité d'auteur (d'humain). Elles ne se réfèrent pas à une représentation pré-commise, n'assument aucune prétention sentimentale ou n'expriment pas une sensibilité particulière, et d'ailleurs ne s'attendent pas ni à une identification esthétique ou morale. Également elles n'affirment un goût, ni une tendance et aucun message. Les similitudes avec des œuvres d’art reconnues sont dues au contexte de production. C'est-à-dire, elles sont des défauts et pas des qualités, inévitables à cette phase initiale où mon ingérence est encore considérable. Moins d’ingérence, plus l'autonomie se développera. Demain nous pourrons ‘donner naissance’ à une vie artificielle entièrement consacrée à son ‘art’. L'utilisation des catégories artistiques courantes, telles que dessins, peintures, sculptures, n'est pas sans pertinence. Elles sont justifiées par le besoin d'une stratégie d'identification dans le monde d'art, sans laquelle il ne serait pas possible de présenter les questions qui importent vraiment. Il faut comprendre que l'expérience esthétique est essentiellement ‘cosa mentale’. Dans l’histoire d'art nous pouvons tracer une tendance cohérente vers l'autonomie. Trois moments, et que correspondant à des ruptures esthétiques fondamentales, sont d'importance particulière. L'utilisation par les peintres de la Renaissance de la ‘Camara Obscura’; ‘l'invention’ de l'abstraction dans le début du XX siècle; et, un peu plus tard, le ‘ready-made’ par Duchamp. La ‘Camara Obscura’ n'a pas été la plus antique ‘machine’ à aider les artistes, mais c’est la première fois que, d'une manière consciente et objective, est adopté un instrument de médiation entre le modèle et sa représentation. Signifiant une dépréciation évidente des aspects subjectifs de l'art, et permettant une concentration sur le contenu. L’apparition de la ‘Camara Lucida’ et plus tard de la photographie, ont contribué de façon décisive a radicaliser le processus. Par exemple, les travaux de Vermeer ne seraient pas possibles sans l’utilisation d'une ‘Camara Obscura’. Ils ressemblent à des photos, parce qu'ils sont en vérité des ‘photomaton’ aidés par un humain. Si la ‘Camara Obscura’ a permis une concentration dans la représentation, l'abstraction a finalement libéré l'artiste d'elle. L'art n'a plus eu besoin de représenter une partie de la réalité, il est devenu une réalité en soi même. Le sujet de l'art est l'art lui-même. Avec Duchamp et son ‘ready-made’ c'est le statut de l’œuvre d'art qui a été mis en cause. Il n’y a plus d’accomplissement esthétique, ni de maestria de l’auteur. Le spectateur et le contexte réalisent l'art. Tout l'art après Duchamp est un art de contexte, changeant seulement les modalités : contextualisation, decontextualisation, recontextualisation et ainsi de suite. L'art artificiel peut représenter la prochaine rupture. Il est vrai qu’au premier regard nous pouvons voir ces peintures en tant que manière particulière de rendue, considérée dans le même plan d'une image dans le moniteur, une copie, une photographie numérique ou une vidéo. Pourtant l'essence de ces peintures n'est pas dans l'image, mais dans le processus. Le passage du virtuel au réel est intéressant, mais c’est dans les conséquences pour la culture et pour la société que ce ‘nouvel art’ peut avoir une vraie importance. |
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![]() Camara Obscura, 1544. |